La WPC participe au débat : le Big Data débouchera-t-il sur un Big Brother ?

La WPC participe au débat : le Big Data débouchera-t-il sur un Big Brother ? - De notre envoyé spécial à SÉOUL, Michel TOUMA - L'Orient-Le Jour

La WPC participe au débat : le Big Data débouchera-t-il sur un Big Brother ?

Parallèlement aux grands dossiers à caractère géopolitique, la World Policy Conference, dont les travaux de sa septième édition viennent de s’achever à Séoul, a planché sur un problème lié à un autre genre d’actualité : l’émergence du Big Data et ses conséquences économiques et politiques. 

 

La situation actuelle au Moyen-Orient ainsi que la place grandissante qu’occupe l’Asie dans le nouvel ordre mondial – dossiers liés à l’actualité internationale – ont été au centre de la 7e édition de la World Policy Conference (WPC) qui s’est tenue du 8 au 10 décembre à Séoul (voir L’Orient-Le Jour des 8, 9 et 10 décembre). Mais parallèlement, et dans le but d’élargir le débat et d’étendre les échanges de connaissances à un champ plus large que la sphère purement politique, les congressistes réunis dans la capitale coréenne ont planché dans le même temps sur des thèmes à caractère sociétal en rapport avec le changement climatique, l’énergie, l’environnement, les défis que pose le phénomène de Big Data, sans compter les rapports agroalimentaires entre l’Asie et l’Afrique. Autant de sujets liés aussi à l’actualité, mais une actualité d’un autre genre. Celle qui concerne les populations dans le détail de leur vie quotidienne et qui influe sur leur niveau de vie.

 

 

Le développement exponentiel de la révolution numérique est à n’en point douter l’un des principaux domaines qui touche de près le citoyen lambda. À l’ouverture de la session consacrée aux conséquences économiques et politiques du Big Data, le modérateur du débat, Nicolas Barré, directeur adjoint du quotidien Les Échos, indiquait, en guise d’entrée en matière, qu’en l’an 2000, un quart des données dans le monde étaient sous forme numérique. Aujourd’hui, cette proportion est quasiment de 100 pour cent. Et dans ce bouleversement vertigineux, l’Asie joue un rôle central. C’est du moins ce qu’affirme Chang Due Whan, président d’un géant médiatique en Corée du Sud, le Mackyung Media Group, qui possède, notamment, un quotidien, qui tire à un million d’exemplaires, ainsi que quinze de chaînes de télévision.

 

Évoquant les circonstances de cette révolution du XXIe siècle, Chang Due Whan souligne que la plupart des nouvelles inventions dans le domaine numérique viennent d’Asie. Il en déduit que cette zone sera la force motrice du secteur des appareils numériques, tels que les smartphones ou les phablets (combinaison du téléphone et de la tablette). Le développement dans ce domaine est tellement rapide que nombre d’utilisateurs estiment déjà que le PC est devenu obsolète et qu’il est de plus en plus évincé par la nouvelle génération de téléphones portables. Et dans ce cadre, souligne Chang Due Whan, la nouvelle technologie 5G va accroître considérablement le flux d’informations.

 

C’est précisément sur ce plan qu’intervient le problème du Big Data, en ce sens qu’il représente la capacité d’avoir accès, d’analyser et d’exploiter la quantité gigantesque de données disponibles, ce qui implique la création et l’utilisation efficace des outils permettant l’exploitation des données versées sur le marché un peu partout dans le monde. « Le Big Data est le nouveau pétrole », affirme à cet égard Chang Due Whan.

Le rythme de l’expansion de ce secteur d’activité a été mis en évidence par Luc-François Salvador, président exécutif pour l’Asie-Pacifique du groupe Capgemini, qui affirme que 90 pour cent des données actuelles ont été créées ces deux dernières années, et ce volume de données disponibles double chaque année. Conséquence prévisible : de nouveaux outils sont créés pour analyser et exploiter ces data. À titre d’exemple, Google a mis en place un système de gestion des maladies de manière à prévoir les dates, ou plus précisément les périodes, auxquelles apparaissent les grippes dans une région déterminée. Autre exemple dans ce domaine : au Japon, des chercheurs planchent sur l’analyse des données que l’on peut tirer de la façon de… s’asseoir ! La manière de s’asseoir devient ainsi une sorte de « signature » propre à la personne considérée.

 

 

La protection des données
Cette accumulation des données, notamment personnelles, à un rythme exponentiel, ainsi que la capacité grandissante d’analyser et d’exploiter de telles informations posent, à l’évidence, le problème de la protection des données personnelles et les craintes d’un fâcheux impact qui pourrait se manifester au niveau de la liberté de l’individu. Plusieurs intervenants ont évidemment soulevé ce point précis lors du débat. M. Salavador a ainsi relevé que le Big Data permet d’enregistrer des progrès énormes au niveau du traitement de certaines maladies ou aussi dans les projets d’urbanisme, mais dans le même temps, il pose le problème de la protection des données personnelles, ce qui implique la nécessité de concevoir les moyens dont devrait bénéficier le citoyen pour s’assurer une protection adéquate face au Big Data.

 

 

Cette question a été soulevée par un expert et consultant américain, Ben Scott, qui a affirmé qu’il se profile à l’horizon, du fait de ce problème, une perte de confiance de la population dans les gouvernements et les pratiques démocratiques, et, surtout, dans les outils informatiques, ce qui risque de pousser les individus à hésiter de trop s’engager dans l’utilisation des nouveaux outils ou applications numériques.

 

Un professeur universitaire américain, Joseph Nye, a relevé dans ce cadre que la capacité de traitement des données double chaque deux mois, de sorte que les citoyens vivant dans des pays démocratiques finissent par exprimer leurs appréhensions concernant l’exploitation des données personnelles. Certes, certaines personnes soulignent qu’au nom de la sécurité, face aux menaces terroristes, notamment, elles sont disposées à sacrifier de leur liberté ou de leur confidentialité. Cela pose, relève Joseph Nye, le problème de l’absence, au stade actuel, de contre-pouvoirs dans ce domaine.

 

 

Le Big Data risque-t-il ainsi de rendre quelque peu réel le danger de l’émergence d’un Big Brother ? Intervenant dans le débat, le député israélien de gauche Meir Sheetrit a apporté une nuance dans la nature du danger qui plane à cet égard, soulignant que le Big Data n’est pas exclusivement contrôlé par les gouvernements, mais il est aussi contrôlé et exploité surtout par les grandes entreprises, d’où la nécessité de protéger également les populations contre certaines grandes entreprises privées. Joseph Nye relèvera à ce propos que c’est dans la mesure où les données sont partagées entre plusieurs entreprises puissantes que le danger se fait plus grand au niveau de la confidentialité et de la liberté de l’individu.

Le débat sur ce plan est donc ouvert à l’échelle planétaire. Les experts et hauts responsables qui planchent sur la question feraient bien de proposer sans trop tarder des mesures concrètes en termes de protection des libertés individuelles avant que la situation dans ce domaine n’échappe à tout contrôle.

 

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Source : http://www.lorientlejour.com/article/900564/la-wpc-participe-au-debat-le-big-data-debouchera-t-il-sur-un-big-brother-.html

par Michel TOUMA

 

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